L’Alsace et Israël
L’Alsace et Israël : des liens anciens, profonds et vivants.
Lors de la récente assemblée générale de l'association Alsace-Israël, le président Jacques Zucker et la vice-présidente, Gisèle Zielinski ont eu l'honneur d'inviter Monsieur Thierry Roos, consul honoraire de l'Etat d'Israël Grand Est à Strasbourg. À cette occasion, il a pu rappeler les liens fort anciens qui unissent l’Alsace à la terre d’Israël au travers des Alsaciens et des Israéliens présents sur nos territoires.
Une présence juive ancienne en Alsace. Les premiers Juifs en Alsace sont signalés lors de la venue des Romains et de l’installation des camps militaires appelés Argentoratum. Des Juifs venus d’Israël avec les Romains ne furent pas exilés en tant qu’esclaves mais comme commerçants pour l’intendance militaire. Ils se sont installés à Argentoratum pour commercer et prospérer. Des marchands juifs circulaient ainsi le long du Rhin dès l’Antiquité tardive. Grâce aux routes commerciales reliant l’Europe du Nord à l’Italie, la vallée rhénane était une zone de passage importante. Au Moyen Âge, des communautés juives se sont établies dans plusieurs villes alsaciennes, notamment à Strasbourg, Colmar et Sélestat. Beaucoup venaient des régions germaniques voisines du Saint-Empire romain germanique, car l’Alsace faisait alors partie de cet espace culturel et politique.
Au Moyen Âge sont également arrivés de nombreux Juifs venus des pays de l’Est et issus de l’exil après la chute du Temple de Jérusalem. Ils ont façonné cette culture ashkénaze le long du Rhin, de Francfort à Bâle, avec une spiritualité, une liturgie et un culte fort, ainsi qu’un attachement profond à la terre d’Israël. Les persécutions et l’antisémitisme ont provoqué l’exode des juifs des villes vers la ruralité et l’ancrage à la terre d’Alsace a été alors très marqué.
Herzl, Dreyfus et le rêve sioniste. C’est également au bord du Rhin que Theodor Herzl a tenu le premier Congrès sioniste, cette graine plantée en terre pour voir germer l’État d’Israël cinquante ans plus tard. Theodor Herzl, profondément choqué par le traitement réservé à Alfred Dreyfus, cet Alsacien ayant opté pour la France et refusé la nationalité allemande après 1870, engagé dans l’armée française pour défendre sa patrie, comprit alors la violence de l’antisémitisme d’État. Ce patriote juif accusé de trahison dans une vague antisémite d’un pouvoir à bout de souffle symbolisa une France coupée en deux entre les conservateurs aristocratiques et les progressistes qui ont fait les Lumières de la France : Zola, Péguy, Georges Clemenceau, Jean Jaurès, Pierre Quillard, fondateur de la Ligue des droits de l’Homme, qui proclamaient tous : « Je suis Dreyfus ». Le capitaine Dreyfus fut victime d’un antisémitisme porté par une armée conservatrice et royaliste opposée aux progressistes de la 2ème république chancelante après la défaite, qui déchira la France.
Cette vision était celle du retour du peuple juif à sa souveraineté, à sa sécurité et à sa dignité. Aujourd’hui, Israël est reconnu parmi les nations. La vision de Herzl n’était pas seulement un rêve : elle était une intuition historique, comme l’Alsace qui a toujours revendique sa culture, ses valeurs et l’entente entre toutes ses religions. Cette aventure du rêve sioniste, débutée sur les rives du Rhin, s’est achevée en 1948 par la création de l’État d’Israël.
Les Alsaciens en Israël.
À la création de l’État, des Alsaciens profondément et spirituellement attachés à Israël, mais aussi à l’Alsace, ont emporté avec eux une part d’Alsace sont partis faire leur Alyah. Des jeunes partis apporter leur enthousiasme, leurs valeurs humanistes alsaciennes, avec cette tradition rurale du partage et de la vie en société avec les autres religions, protestante et catholique. Parmi eux : André Chouraqui, maire adjoint de Jérusalem et écrivain de la paix, marié à Annette Lévy de Haguenau ; Claude Vigée, poète alsacien de Bischwiller ; les frères Revel, grands scientifiques de Strasbourg. L’Alsace s’est ainsi exportée à Jérusalem, dans des quartiers entiers, avec tant d’autres, dont plusieurs de nos anciens grands rabbins. Michel Rothé, Alsacien installé à Jérusalem, a créé il y a vingt ans le site du judaïsme Alsace-Lorraine et y entretient cette culture alsacienne.https://www.judaisme-alsalor.fr/#
J’ai eu l’occasion de déjeuner chez le professeur Schwartzfuchs et son épouse, âgés de 98 et 92 ans : leur appartement est alsacien, les meubles, les livres, les tableaux… On y parle encore le judéo-alsacien depuis plus de soixante-dix ans.
Des liens toujours vivants. En Alsace, de nombreux chercheurs, entrepreneurs, artistes et intellectuels universitaires travaillent et commémorent pour un monde meilleur. Ces liens entre l’Alsace et Israël sont forts. Strasbourg est jumelée avec Ramat Gan et Mulhouse avec Givatayim. Des associations permettent ces échanges, comme l’association Alsace Israël, l’association France Israël Alsace, la Chambre de commerce France Israël Alsace et de nombreuses associations israéliennes représentées en Alsace : MDA, KKL, Keren Hayessod, Zichron Menahem. Il existe également une association appelée « Les Cigognes », originaire de Haguenau il y a plus de 175 ans, présidée par Nathalie Roos et établie en Israël pour venir en aide aux enfants en difficulté à Beer-Sheva, en association avec Negba, fondée par Claude Meyer. (Vetir). Ces liens forts sont la preuve du partage de valeurs communes et d’un attachement profond à deux terres où l’histoire a creusé son sillon.
La réunion a été clôturée par un diner très conviviale au restaurant Chez Yvonne, accompagné de Gérard Staedel, président de l'Union Internationale des Alsaciens que je remercie d’être ce lien fort entre deux terres si attachantes.
Thierry Roos, Consul honoraire d’Israël Grand Est à Strasbourg



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